Bétisier

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Flmb ?

Une nouvelle fois, la porte de la Cave s'ouvre.  Mais personne n'est présent dans l'encadrure de la porte.  Quoique...  Si !  En faisant bien attention, on peut apercevoir une toute petite chose sur la première marche.  D'une forme légèrement cylindrique et d'une couleur jaunâtre à la base, cette chose ne peut qu'inspirer la curiosité.  Un léger coup de vent se fait sentir et la chose se retrouve sur la marche suivante.  Le cylindre indéfinissable remue un instant puis s'arrête.  On peut apercevoir une couche marron et dégoulinante à son sommet.

Derrière elle, une forme se profile, décupée par le clair-obscur de la rue.  La forme s'approche en silence : basse, à quatre pattes, et deux écalts brillants à la place des yeux.

Quelques instants passent encore et un courant d'air referme la porte ce qui semble faire sursauter la petite chose qui rebondit sur les marches restantes et roule sur le sol en emettant son premier son :

"Flmblmblm !"

En entendant ce son, le quadrupède recule, sur le qui-vive et laisse échapper un grondement... puis suit la "chose" dans le bar.  On peut désormais le voir, un bête chien des rues, à la race et à la couleur indéfinissable, mélange improbable de brun, de beige et de jaune pisseux, résidu darwinien d'une branche déchue de l'arbre évolutionnaire des corniauds errants des villes modernes.

Maintenant que la chose est à la lumière on peut voir qu'elle est constituée d'une matière gélatineuse et qu'elle est recouverte de ce qui semble être du caramel liquide.  On peut voir derrière lui une trace humide retraçant son parcours depuis son arrivée.  La chose gluante remue un peu avant de lancer sur un ton interrogatif :

"Flmb ?"

Le clébard s'avance d'un air curieux, tourne avec une méfiance réprimée autour de la chose, la flairant précautionneusement. Puis il s'assied sur son arrière-train, dignement, et fixe la chose en attendant une réaction...

"Wouf ?"

Le petit cylindre remue d'étonnement et pivote dans un bruit de succion.  Il semble se pencher en arrière pour voir l'auteur de l'aboiement.

"Flmb !"

La gélatine tremble énormément. Le chien semble avoir terrorisé le résidu de fond de gorge qui commence à glisser dans la direction opposée.  La tâche semble ardue :

"Flmb... flmb... flmb..."

Le chien est toujours aussi perplexe devant cette chose étrangère.  S'il n'était pas d'une nature fondamentalement pragmatique, nul doute que cette "creature" (?) provoquerait en lui moult questions métaphysiques...  Mais Médor se contente de continuer à observer la chose avec attention.  Au bout de quelques instants de rampements désespérés, Médor s'allonge sur le sol, sa truffe à quelques centimètres de l'amas informe.  Flamby peut sentir son souffle chaud caresser la couche gluante qui le protège, son haleine fétide de chien des rues qui n'a pas tous les soirs un tube de dentifrice pour garder sa dignité.  Médor laisse échapper un bout de langue qui va lécher la trainée humide, sans quitter des yeux la petite chose.

La réaction de l'intéressé ne se fait pas attendre. Il laisse échapper un couinement aigü :

"Flmbyyyyyy !"

Il se retourne alors (le plus rapidement qu'il peut) et commence à sautiller de nervosité tout en déblatérant des choses incompréhensibles mais on sent qu'il est en train de réprimander le chien.

"Flmblmfmbfmb !  Flmblmflmb !!!"

La porte d'entrée s'ouvre et une personne de taille moyenne entre.  Il est vêtu avec soin, pantalon en toile noire, chemise noire, des chaussures noires...

Il s'avance lentement vers le bar, puis à un moment, il pose le pied sur le sol et un bruit bizarre retentit...  Ca fait un genre de *SPROTCHHH*.

Le chien lève la tête vers le nouvel arrivant et lui lance un regard suppliant, semblant vouloir lui dire "pourquoi tu m'a cassé mon nouveau jouet ? je t'ai rien fait, moi !" avec toute la dose d'affection dont peut se montrer capable un corniaud.  Un vrai drame !

Gordon s'immobilise et lentement baisse la tête, regarde ses pieds et, d'un mouvement rapide mais pas trop appuyé il envoie un coup de pied au chien se trouvant pas loin.  Il dit :

"Tu peux pas aller faire ca ailleurs sale bête ?"

Le chien baisse ses grands yeux mouillés vers la petite flaque de crème et de caramel répandue par terre.  Il la renifle avec précaution... y trempe la langue... puis nettoie consciencieusement le sol à grands coups de langue.  Une fois ceci accompli, il se dirige la queue toute frétillante vers la sortie.

Encore une journée au cours de laquelle il aura cassé la croûte...

Resté sur le sol, les bouts de Flamby s'agitent très légèrement, laissant apparaitre quelques bulles qui pourraient presque faire penser à une respiration.  En s'approchant assez on peut entendre une sorte de soupir gélatineux :

"Ffffflmlmlmlbb..."

Le pauvre Flamby, à ramasser à la petite cuillère, semble sur le point de rendre l'âme.

Y'a bien que pour un Flamby que personne ne bougerait le petit doigt...

Flamby, Médor et Gordon

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Bétisier