Ryan

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Moi, je n'étais rien et voilà qu'aujourd'hui
Je suis le morpion du roi d'l'alcoolémie
Je vais en mourir (bis)

Je bois ses paroles, je m'incline à ses pieds.
Je baise ses mains quitte à m'en étouffer
J'en suis obsédée, je vais en baver
Je vais en mourir

Il a dû faire toutes les guerres
Du Cyberkid au Red Jugger
Il a souffert tout' les misères
Mon Numbers
Mon amour aussiiiii !!!!

Ryan Corwin «Une minute de romantisme par semaine»

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Fiche signalétique
Apparence
Histoire
Sandy, parle moi des AdeV
Personnalité
Odyssey
Ryan dans la Cave
Son entrée dans la Cave
C'est encore mieux la deuxième fois
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Identité réelle : Ryan Corwin (même si elle déteste ce prénom bien trop masculin… mais bon, on est garçon manqué ou on ne l'est pas)

Nature : Goule brujah

Statut : Membre officiel du clan Kincaïd

Rôle : Passe son temps à faire des recherches sur les ennemis du clan et à dresser le portrait psychologique des tarés qui servent d'adversaires aux Kincaïds. Le reste de sa journée, elle rêve de Numbers en se rongeant les ongles ou en fumant une cigarette suivant son humeur.

Pouvoirs connus : Aucun. Ryan dispose cependant d'une résistance et d'une force supérieures à celles d'un humain lambda. Avec ce type de pouvoir, elle peut au minimum changer le PQ de la Cave sans se faire mal.

Alliés connus : Numbers, Harley et l'intégralité du clan Kincaïd à l'exception d'Amber qu'elle considère comme une sévère nuisance.

Ennemis connus : Les Malones, Minako Yamada et ses employeurs, Scrag, Jugger et le clan de Vherdakov.

Type de folie : Folle amoureuse de son sire.

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Apparence

On ne peut pas dire que Ryan soit une bombe. Ses allures garçonnes, sa cigarette coincée entre des lèvres déjà desséchées par la nicotine, son absence quasi totale de poitrine, sans parler de ses vêtements amples et parfois sales : autant dire que cette pléthore de détails contribue à ne pas classer Ryan parmi les pin-up de la Cave. Elle se rattrape à peine à l'aide de ses yeux fins et d'un très joli petit cul, les rares fois où elle daigne exhiber ce dernier, habituellement caché par une gabardine trop large.

Ryan

La jeune rouquine, en outre, n'est pas bien grande dans la plénitude de son mètre 60 et quelques ; pas bien grosse non plus vu la finesse de ses jambes. Enfin, elle semble avoir une toute petite vingtaine d'années quand son visage se livre alors qu'un bandana maintient ses cheveux en arrière.
Généralement, elle fait la gueule pour des raisons aussi futiles qu'une clope qui s'est allumée au bout de la deuxième fois. Son corps et son absence de formes pectorales ont pour unique protection une série de holsters.
La petite goule n'a aucun goût pour le stylisme, l'esthétisme, la manucure qui est l'apanage des deux bombes sexuelles du clan Kincaïds. Pourtant, elle sait pertinemment que ce sont des apanages que Numbers affectionne chez une femme. Elle a beau considérer ces idées machistes, elles viennent de son boss et amour et par conséquent sont indétrônables.

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Histoire

Parfois, il y a des gens que l'on croise dans la rue et qui nous font dire : «eh bé» tant ils paraissent porter la misère du monde sur leurs frêles épaules. Mais si, souvenez-vous, la pauvre petite vieille obligée de prendre le métro alors qu'elle revient du Prisunic avec ses 11 paquets, clébard inclus. Ca y est, vous remettez ? Ou alors, ce pauvre jeune homme au jean élimé, obligé de vendre des roses dans les troquets tard le soir et qui constate impuissant la modique fleur se faner, être fumée puis digérée par des hordes de djeunz au rut en furie, incapables de saisir la moindre once de romantisme dans ces 4 euros si simples déboursés pour une bonne cause. Ce gentil monsieur dont la vie inique, le poisson rouge mort, la femme alcoolique, le fils prostitué de luxe sur Tf1, dont tous ces tracas le forcent à gueuler sur votre insidieuse personne quand vous oubliez de démarrer au quart de tour alors que le feu vient de passer au vert… ou alors que vous oubliez d'accélérer quand il passe à l'orange. Nous, dans notre bourgeoisie capitaliste, d'un regard moqueur, nous serions tentés de les cataloguer dans la catégorie du «mes couilles» alors que… alors que, tout comme Ryan, ce sont des AdeV, des Affligés de la Vie !

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Sandy, parle moi des AdeV

Il s'agit là d'un sujet difficile. Vous comprendrez dès lors ma réticence à aborder une catégorie de la société si présente et pourtant si discrète. Hélas, puisque Ryan fait partie de cette tranche de population. Je m'en vais me baser sur son historique afin d'expliciter davantage la dure réalité de l'AdeV lambda.
Ryan est australienne et en plus, elle est rousse. Elle aurait pu avoir de la barbe ou le tablier de forgeron mais Dieu crut bon de lui offrir des tâches de rousseur. Elle grandit dans une famille assez distante : une mère avocate jamais là, un père flambeur autant qu'infidèle, bref un milieu d'AdeV de base. A partir de 14 ans, Ryan dût d'ailleurs se faire à la raison : elle n'aurait pas de poitrine. Elle avait beau se tirer sur les mamelons le soir, ça voulait pas se dégoupiller, niet, que dalle, enfin… juste le minimum pour qu'elle puisse entrer dans les douches des filles. Ca allié à sa petite bouche éternellement étiré vers le bas fit que Ryan devint un garçon manqué, une sorte de ratage féminin complet, doté d'un caractère de nénette de plus de 30 ans. Rien ne lui plaisait, rien ne lui permettait de s'extérioriser un peu. Bref, une gueule totale à en devenir prof de math en troisième.
Il advint cependant que le géniteur de notre héroïne fut muté à Chicago. Bien que lui prônait l'avancement de carrière, sa femme croyait plutôt en l'éviction des services de Canberra où son inefficacité chronique n'avait d'écho que ses aventures amoureuses. Ryan, elle, suivit. Je crois, sans avoir à m'avancer qu'elle faisait la gueule, elle quittait ses copains, enfin… ses rares copains et en plus elle devrait se taper une nouvelle faculté. Faut dire qu'elle avait 18 ans, bachelière et qu'il était temps pour elle de commencer ses études en psychologie appliquée.

La mère, une fois là-bas, décrocha un boulot d'avocate à la hauteur de ses ambitions et très rapidement elle s'immisça dans les affaires des mafieux et des gangs subsistants. Celui de Malone s'étala un jour nonchalamment sur sa table. Il portait en lui tout le germe d'une simple malédiction que la mère crut bon d'ignorer. Entre dénonciations, témoignages, trahisons, photos à l'appui, plus d'une quarantaine de méfaits étaient à l'abri d'un simple tiroir et de l'attention de Miss Suzan Corwin. Elle n'en parla jamais à personne, mais l'affaire «Malone» l'intriguait au plus haut point. Le réseau du malkavien était bien plus dantesque que tout ce qu'elle avait pu imaginer jusque là et pire que tout, elle avait un client à défendre, un client humain qui, de très loin avait touché à l'organisation en fournissant la daube que les agents du vampire revendaient à outrance auprès des lycéens. Parfois, elle se souvenait le soir, perdue dans ses pensées et dans l'excitation de ses découvertes, que Ryan existait, parfois non. Un jour cependant que son client, de par ses témoignages, faisait grossir son dossier, elle reçut un appel qui lui stipula fermement de cesser ses conneries. Rien n'y fit. Elle eut juste la sagesse d'engager un garde du corps. Quand ledit client fut retrouvé mort, il n'en alla pas de même cependant et elle commença à se vautrer dans une parano qui rompit les derniers liens qu'elle entretenait avec sa fille et son mari. Elle demanda même à la police de Chicago une protection rapprochée, mais elle constata avec écœurement à quel point les policiers de là-bas ne s'occupaient pas de certaines affaires qui, selon eux, sortaient de leur juridiction. Un soir, cependant, elle reçut une visite alors qu'elle était restée dans son bureau. Son garde du corps ne fit pas le poids face au nouvel arrivant envoyé express par Malone en personne. On ne sait guère ce qui s'y produisit et seul le voile du flou fut spectateur de la scène.
La police en conclut à un double arrêt cardiaque en plein coït ; l'affaire en resta là. Les champignons végétaux sur les deux corps dénudés, les membres arrachés, personne ne chercha à voir plus loin. La blondasse qui tenait lieu de mère à Ryan venait de payer sa curiosité en offrant ses entrailles à la main experte du Scrag. Le père de la jeune fille reçut lui-même un courrier plus tard indiquant
«On a trouvé du vert
Dans le vagin d'ta mère»

Sans les fautes de rigueur et sur un papier ayant connu des jours meilleurs. Ces heptasyllabes d'un goût certain n'émurent ni sa curiosité, ni son chagrin. Idem pour Ryan, elle était bien trop occupée à faire la gueule.

Un soir, elle apprit que, suite à ses sauteries répétées, son père venait de contracter le sida. Ca aussi, je crois qu'elle s'en foutait : comme je l'ai déjà dit, elle faisait la gueule.
Par contre, quand un jeune homme vint la trouver un autre soir à la fac pour des explications sur la théorie qui a poussé Lacan à claquer Arthaud en prison sans autres motifs, et qu'il revint par la suite ; là, ça dégrisa un peu la rouquine. Ben oui, dès qu'elle se rendit compte qu'on s'intéressait à elle, la langue de la jeune fille se délia d'elle-même. Elle commença même un flirt et vécut là le mois le plus heureux de son existence. Le type était un prince charmant et même si les seins de Ryan ne poussaient toujours pas, il était certain qu'il lui trouvait du charme.
En fait, le bonhomme trouvait plus de charme dans son ascendance qu'en elle véritablement. Ce qui l'intéressait avant tout c'était d'apprendre ce que la mère avait bien pu raconter à sa fille sur Malone avant de mourir. Quand, au bout de deux semaines de liaison, le gentil petit copain s'aperçut qu'elles ne se parlaient jamais et que le père n'en savait pas plus, Malone lui donna l'autorisation de jouer avec elle.
Bref, à dix-neuf ans, Ryan conclut qu'il était plus que temps qu'elle perde sa virginité avec celui dont elle s'imaginait déjà la femme. Certes, elle la perdit mais pas de la manière imaginée par sa naïveté. Le jeune homme, un malkavien pourri jusqu'à la moelle, lui bondit dessus alors qu'ils étaient tous les deux dans la voiture et tenta de reproduire avec elle une pâle imitation de Scrag. Blessée dans ses chairs, son romantisme et son âme, Ryan en devint complètement folle. Elle tenta bien de se débattre mais rien n'y fit, elle était AdeV jusque dans sa moelle, la jugulaire ouverte, le vagin urinant de lymphe et de sang, les lèvres arrachées par les baisers passionnés du monstre, elle ne se souvint pas vraiment de ce qui se produisit. Elle pense même que la détonation qui suivit ses entrailles mises à nues était simplement son accueil dans l'autre monde.
Quand elle se réveilla, hurlante, en sang, il y avait une figure d'Adonis qui la tenait dans ses bras et l'extrayait de la voiture. La douleur la maintenait en vie, mais… mais quelque chose de plus la galvanisait. Il n'y avait plus de trace du Malkave. Ce passage est fortement gravé dans son petit crâne : le parking, ses néons déliquescents, le blafard d'une lune insidieuse, le béton partout, le sang sur le bitume et ce type en cuir qui la serrait contre lui comme il pouvait en beuglant d'improbables ordres. Il y avait du monde à côté, des types en moto. Elle se souvient du regard qu'il avait, il s'inquiétait pour elle. A moitié mourante, violée et traumatisée, la pauvre raison de Ryan n'eut que cette aide providentielle à laquelle se raccrocher. Elle croit d'ailleurs que c'est à ce moment là que ses restes de romantisme se sont greffés à cet ange qu'elle devait chérir jusqu'au bout. Sans même aucun souci vis à vis de son agonie, elle a préféré tomber amoureuse de nouveau avant de sombrer dans l'inconscience.

Bref, le grand Numbers venait de la sauver in extremis et pour lui permettre de survivre lui avait offert de son sang, la liant étroitement à lui en en faisant sa goule. Ryan, elle, s'est parfaitement acclimatée à sa situation Kincaïd et elle perdit même une seule once de son mauvais caractère. Au bout de 5 mois, elle recommençait à parler et avait arrêté de se balancer sur son lit. Oh, le sujet était encore fragile mais, elle tenait bon, sa volonté probablement. Quand on lui demanda d'aider à débusquer via Internet et autres outils les malades dont le clan avait fait ses adversaires, elle accepta avec joie et conserve cette tâche depuis. Elle adore les kincaïds, tous, sans exception, elle n'a jamais voulu savoir ce qu'était devenu son père et ne s'est jamais recueillie sur la tombe de sa mère.
Elle remercia également Numbers de tout ce qu'il avait fait pour elle et n'a jusqu'à présent jamais regretté sa situation.
Elle est une goule éprise au plus haut point de son sire et cela lui suffit amplement pour lui donner une raison supplémentaire d'exister.

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Personnalité

Ryan ne porte pas la joie de vivre en elle. Elle est agressive, parle en mâchant ses mots, bien que son élocution soit très loin d'être vulgaire. La cigarette au bec, l'haleine qui suit, les cheveux jamais peignés, elle tient tout du garçon manqué et se réfugie derrière cet apparat dès qu'elle le peut. La présence de Numbers à ses côtés l'a grandement réconciliée avec la mièvrerie des sentiments. Mais être amoureuse est plus qu'un euphémisme. Elle se tuerait pour lui, et va même jusqu'à admettre que le bonheur du prince charmant ne pourra se faire avec elle. Elle lui pardonne tout, ses crises d'alcoolémie, son côté paladin, son amour pour cette empotée de merde d'Amber, tout…
Ryan ne réalise pas vraiment que le lien du sang qui les unit y est pour beaucoup. Elle pense honnêtement que son boss est le mec parfait par excellence. Les rares fois où il entretient ledit lien en lui donnant de son sang restent des moments d'extase pour l'ex-adolescente et elle aimerait beaucoup que le transfert se fasse plus souvent.
Pour le reste, Ryan est une tête brûlée : toujours en première ligne. Elle aime pratiquer la violence à outrance et après avoir fréquenté les ennemis des caïds ne croit plus du tout en la diplomatie ou la pitié de quelque ordre que ce soit. Elle dresse des portraits, cherches des informations, se bat.
Il est évident que sa résistance accrue de goule est essentielle à sa survie car elle est partie pour ne pas vivre vieille. Après tout, sa première fonction dans la Cave consista à insulter Gary.

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Odyssey

Odyssey est le pseudonyme de son nouvel indic à Détroit. Elle a fréquenté une fois seulement un type qui le connaissait et parlait en son nom et même si elle est persuadée que le nain de jardin qui lui tenait la conversation est en réalité Odyssey, le doute subsiste. Quel que soit celui ou ce qui se cache derrière ce pseudo, son efficacité est telle qu'elle lui voue une certaine admiration. Il est au courant de beaucoup. Evidemment, la jeune fille ignore qu'Odyssey représente l'équipe de Falgone travaillant 24 heures sur 24 pour leur Cyberkid de chef. Il lui est même arrivé de chater avec le type pour qui elle voue une haine sans borne depuis qu'il a blasté son amour.
Heureusement, un zest de bon sens fait que Ryan reste sur ses réserves quand elle discute avec ce pseudonyme intégré, mais chaque jour en l'aidant considérablement dans ses recherches, le Kid gagne de plus en plus sa confiance.
Vivement que Numbers veille cela d'un peu plus près…

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Ryan dans la Cave

Je ne sais pas pourquoi vous me demandez de parler de cela, mais effectivement, cela me fera peut-être du bien de coucher par écrit quelques unes des sensations que l'on éprouve à pénétrer un lieu si particulier.

A Chicago, l'entrée de la Cave est baignée d'un halo de bleu et d'ombres. Même le néon ne semble pas une invitation à cause de ses clignotements sordides.
Je me souviens pourtant de la première fois dans ce lieu… J'attendais Num' ; le boss, enfin, le big Boss, Harl, avait dit que je devais l'attendre quand il faisait les bars, que je devais veiller sur lui et le ramener quand ses pas ne pourraient plus le porter. Là, j'attendais, dehors, je ne pouvais plus le voir dans cet état, je ne pouvais plus l'accompagner dans chaque troquet. Ca me faisait bien trop mal, une sensation bizarre, une pulsation… Coincée entre les désir de chialer à grands hurlements et le prendre contre moi, le serrer pour ne plus jamais qu'il tombe, ne titube… Le prendre par les épaules et l'engueuler jusqu'à ne plus avoir de souffle ou l'appétence suffisante pour le faire, juste le regarder pleurer après ses pauvres chimères et ne pas savoir quoi faire d'autres si ce n'est sangloter à son tour, ou crisper les mains sur le volant pour garder contenance. Lorsqu'on est baignée par les néons de cet endroit, on a cette fugitive impression que chaque être autour de soi est un questionnement, depuis nos plus profondes entrailles jusqu'à la simple pute se dégourdissant les jambes sur le macadam avant d'avoir à les écarter.
Je suis sortie de la voiture brusquement. Num' ne rentrait pas ; j'ai descendu les marches, je suis passée sous le néon, la porte ne m'a pas résisté, à croire même qu'elle s'est légèrement inclinée avant même que j'imprime mes doigts sur l'huis. Il n'y avait pas de fumée, pas d'écho, juste des murmures, je n'ai même pas eu besoin de crier après Num' pour passer au-delà de l'improbable et inexistant brouhaha. Il me tournait le dos, avachi contre le comptoir, il terminait un bourbon, comme d'habitude. Je l'ai ramassé… Il y avait une fille à côté, une Egyptienne, elle aussi s'intéressait à mon père. Elle était belle. Durant un instant, j'ai rêvé être elle, de disposer de sa complète féminité, d'afficher tout le panel de la séduction. Là, d'ailleurs, elle l'exhibait à outrance, son charme aurait été un trait de peinture qu'il aurait dégouliné nonchalamment à force d'être projeté contre la toile. Elle m'a écœurée, profondément. Posséder un corps semblable et ne l'utiliser qu'à seule fin de draguer tous les hommes, le premier venu, même pas draguer, voler, s'approprier, disposer… Il y avait de l'Erynnie en elle, quelque chose.
A chaque fois que Num' me parle des femmes, de Maggie, en particulier, je m'arrange pour faire exactement le contraire, comme ça, je n'aurais pas à devoir supporter mon échec, le jour où j'essaierai et réussirai à me comporter comme le veut ses traditions. Une lady, une dame, une demoiselle. Nan… Comme ça, je vis dans l'espoir qu'il suffirait pour moi d'apprendre les fameuses manières des jeunes femmes bien policées pour le séduire, être enfin avec lui, à jamais, être enfin complice comme jamais nous ne l'avons été, pouvoir l'appeler mon cœur, sans ironie, aucune… Pourquoi pas… Je ne sais plus, ce que je raconte, faut m'excuser…
L'Egyptienne a ri, elle a poussé Num dans ses limites, elle a passé la langue sur les lèvres de mon père… Moi, une fois de plus, j'ai rien pu faire, je n'ai fait que ramasser les morceaux… Mais comme à chaque fois, j'ai silencieusement remercié cette pétasse de l'avoir fait pleurer, pour que je puisse encore le prendre dans mes bras.
Le reste n'est pas forcément intéressant, c'est là qu'on a su qu'Amber était encore vivante. Super, quelle nouvelle. Pauvre conne. Elle n'a apporté que des ennuis à des perles comme Mary, Harl ou Num' et encore «ennui» est un euphémisme. Si elle n'avait pas existé, aucun de nous n'en serait là. Tout ça c'est sa faute. Mary n'aurait pas subi l'étreinte, Num' ne serait pas aussi malheureux. Le black Cat n'aurait jamais sauté ! Salope, salope, je la déteste, je la hais, j'en peux plus, d'entendre son nom murmuré entre deux fioritures et trois compliments. Comment Num', comment mon propre père peut-il la considérer avec des égards ? Non, elle n'a que ses deux gros seins comme avantage, ce n'est pas possible qu'il n'y ait vraiment que ça qui l'intéresse, mon Numbers, mon cœur ?
Et Jugger et ce taré de Kid et Jack, maintenant, comme si on n'avait que ça à foutre, bordel. Et jamais de reconnaissance pour aucun d'entre nous. Quand elle est là, je ne suis plus qu'une hackeuse coincée entre ses boutons et son putain de clavier. Num n'a d'yeux que pour elle, j'en ai marre, faîtes qu'elle soit morte, merde et qu'on en finisse. Plus de ses petits copains cinglés, plus rien de tout ça, plus de blagues, plus rien. Le pied, le soulagement, enfin. Faites que son tortionnaire lui arrache un nibard et l'étouffe avec…
Ca y est, j'ai encore pété un plomb. Lawrence serait désespéré s'il savait ne serait-ce qu'un traître mot de ce que j'ai pu dire ici. Maggie a un deuxième avantage, quand même… C'est la seule personne dont la présence rend mon père heureux. Et rien que pour ça, hélas, je dois considérer sa survie avant autre chose.
Je ne sais plus où j'en étais, le mage… Oui, il y a un mage qui nous a alors appris que Maggie était en vie et qu'elle n'avait pas été tuée par ces connards d'italiens. Le mage, c'était une sorte de Robocop, c'est pour ça que j'ai cru un instant qu'il était de mèche avec les tarés ritals, mais en réalité, il était plutôt réglo. Les mages peuvent lire les auras, paraîtrait-il… Avec la mienne, il n'aurait pas fini de se marrer.

En tout cas, cette nouvelle a permis à papa de redresser un peu la tête. Quand on est revenu dans la cave, la deuxième fois, c'était pour délivrer des otages, le sport favori de mon père. Il y avait une super équipe, le genre d'équipe qui m'a fait réaliser qu'en réalité, je tenais la fonction de Louise, chez les 'Caïds : Pom-pom girl ! Super, j'ai servi à rien. Num a tout fait, avec un autre type en armure. Il y avait plein d'autres gars et même une garoue qui me servait de pare-balles. Y'a un con à l'humour pas drôle qui est resté au milieu de la salle et qui s'est fait cramer (même s'il a survécu) et un autre qui parlait sans arrêt de ses sandwichs. Forcément, les otages, c'était une diversion, Jack a été capturé pendant que personne ne regardait : super, gnagnagna, mon Dieu, on a été manipulés et basta. Maintenant, on est tous à sa recherche parce qu'on l'accuse d'avoir tué Maggie.
Encore deux arguments comme ça et moi, j'en tombe amoureuse, du Jack. Du coup, je fais des recherches, j'ai droit à des regards fiers d'Harley et un merci de la part de Num', par contre oulalah, attention, si je dis du mal de leur douce Maggie… Parfois, je demanderais bien à Malone de me kidnapper, juste pour voir s'ils déploieraient autant d'efforts pour venir me chercher… Mon cul, ouais… Rien, pas même le chien du cuisinier.

Forcément, j'ai pas de bonnet D, même avec deux boîtes de kleenex, je ne les aurais jamais. Et puis, je fais toujours la gueule, je sais et je suis égoïste dans tout ce que je dis, je sais aussi. «Mais non, Ryan, on tient vraiment à toi, tu sais, c'est juste que t'es pas prioritaire pour l'instant»… Oui, merci, je connais aussi la diplomatie à deux balles de votre chère confrérie.

Et le pire, c'est que je les adore tous, j'en suis droguée, je ne peux plus m'en passer. C'est ma seule maison, là-bas, j'ai rien à part eux, alors forcément, on a plutôt intérêt à vite créer des liens.
Parfois, je me dis que si j'étais vampire, ça… ça irait peut-être mieux, peut-être que je ne me poserais plus toutes ces questions, que j'aurais suffisamment de puissance pour vraiment avoir ma place au sein du groupe. J'en sais rien. Je me fais des idées probablement. Peut-être aussi que je suis trop coincée, j'en sais rien…
Enfin…
Et puis les allusions du mec en armure, Fabien le bien nommé, n'ont pas arrangé les choses. Lui, il pense que le fait que je sois goule me met sous la complète domination de Numbers… Ce mec là devait écrire les sketchs de Jerry Lewis. Il ferait mieux de s'occuper des problèmes de son couple plutôt que des miens…
Enfin, oui, forcément, le cliché ne serait pas complet si effectivement, je n'étais parfois en train de me demander s'il n'a pas raison… Mais pourtant, dominée ou pas, je préfère largement vivre aux côtés de mon papa que rester seule dans mon coin comme avant.

Ouais, eh bien, je m'aperçois finalement que coucher par écrit ces quelques pensées n'a rien arrangé. De toute façon, on est tous dans la merde, rien ne va, au secours, on va tous mourir et là, je serai tranquille.

Il ne faudrait pas que ça tarde quand même.

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Son entrée dans la Cave

Pivotant sur des gonds mal huilés par les éléments, l'huis cède sous la pression d'une petite main afin de livrer passage à un nouveau venu…
Dans tous les cas, la porte s'ouvre, dévoilant au dehors la blafard d'une nuit à peine étoilée par des lampadaires amorphes. La circulation est réduite à la plus simple expression d'un coup de klaxon s'acagnardant dans le néant. La vie a l'air calme au-dehors, peut-être pour marquer la symbiose avec celui ou celle qui vient d'entrer :
Une silhouette tout d'abord, fine et immobile, délicate, mais tendue dans les insouciantes fôlatreries du vent qui ont précédé son entrée. L'ombre fait un pas, puis un deuxième dévoilant l'intégralité d'une taille que l'on aurait du mal à respecter compte tenu de celle des clients habituels, ladite taille s'élançant sur probablement un peu plus d'un mètre soixante. La silhouette entre dans le cadre de la lumière d'une démarche maintenant décidée, à tel point que les doutes quant à son appartenance peuvent ainsi être levées.
Il s'agit d'une jeune fille, environ 20 ans, mais qui sait… un visage d'ange pâle et éthéré à peine rehaussé par l'oxymore de ses cheveux roux, auburns coupés courts. Elle porte juste un bandana noir, qui masque une partie de son front et desdits cheveux, comme unique couvre chef. Son visage n'a rien d'exceptionnel si ce n'est ses jolis yeux, marrons, dont la forme amandine se découpe parfaitement avec la pâleur constellée de tâches de rousseur.
Pour tout vêtement, elle porte un jean élimé garni d'une ceinture de cuir clouté. La crosse noir d'un flingue dépasse de ladite ceinture sans pour autant que cela semble la déranger. Une gabardine noire et épaisse, impeccablement lustrée, contrairement au pantalon, encadre la fine silhouette de la jeune fille, s'ouvrant suffisamment pour apercevoir qu'elle ne porte qu'un simple T-Shirt blanc… orné tout de même du dessin d'un joint en diagonale, joint accompagné du sous-titre «Sky or die» pour unique légende. Les lanières de cuir de deux holsters se croisent sur sa poitrine, mais les armes disparaissent sur ses côtés, couvertes par les ombres de la gabardine.
A propos de poitrine justement, la carence totale de protubérances pectorales et les cheveux coupés courts, (malgré les quelques mèches rebelles) semblent laisser supposer pourquoi il était si facile de la confondre avec un mec de loin… D'autant plus que la gabardine couvre également ses arrières, impossible de se rattraper à l'un quelconque des avantages qui font le charisme féminin… Heureusement qu'il lui reste ses yeux et son petit minois fin et délicat.
Elle s'avance vers Num', de sa démarche décidée comme je l'ai laissé sous-entendre puis, arrivée à sa hauteur, se contente de le prendre doucement par le bras, d'une main gantée de cuir marron, comme pour l'inviter, et surtout l'aider, à se relever :
«Ok, c'bon, t'as bien bu ? Maintenant on s'arrache, j'te reconduis à la maison… Les gars ont aperçu Scranigou à deux quartiers d'ici. Y s'est d'jà fait deux affiches. S'il est là, c'est qu'il doit y avoir du Malkaque avec lui… Faut pas traîner… Viens…»
Et elle tire un peu sur le bras pour aider le soûlard à se redresser. Elle fait la gueule, aussi. Comme si ça la faisait chier d'être là. On peut aussi distinguer une clope coincée entre son oreille et son crâne, contre le bandana qui entoure ce dernier, d'ailleurs. Quant à son élocution, malgré les mots un peu hachés, elle est très loin d'être régie par un accent vulgaire, au contraire…

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C'est encore mieux la deuxième fois

Une silhouette se découpe dans la pénombre mal éclairée de la ruelle… Chicago pour ceux qui connaissent… dans toute la splendeur de sa morosité. Des chappes de ténèbres tentent vainement de gagner leurs quartiers sous las néons de la Cave mais la forme qui vient d'entrer semble leur barrer l'accès de sa frêle stature… à deux mètres de Fabien.
«Ah ben merde alors ! Et ça fait aussi Transformers ton armure, Optimus ?»

Une cigarette s'allume, illuminant le jeune visage, aux lèvres craquelées de fumée, d'une rouquine aux cheveux courts. D'adorable tâches de rousseur constellent l'angélisme de ses traits. Bien qu'il soit difficile de taxer l'intruse de canon, ses yeux extrêmement ciselés la rangent parmi la catégorie des beautés qui pourraient épanouir sa splendeur si Marlboro ne s'y était pas mêlé.
Les cheveux en désordre trouvent un écho dans une tenue jetée vite fait sur les petites épaules : une gabardine traînant à terre et alternant les teintes ôcres à celles plus chaotiques de boue sur le bas, un t-shirt à l'échancrure travaillée par l'usure plutôt que par les soucis esthétiques, des bottines montant jusqu'à mi-mollet, un jeans élimé… Bref, un portrait fulgurant de la jeunesse actuelle… Des lunettes de soleil dépassent de l'une des poches de ladite gabardine qui s'ouvre d'ailleurs sur un triple holster encadrant le torse et les 20 petites années de la demoiselle… Un desert eagle est nonchalamment tenu dans la main gantée qui ne fume pas…

Son t-shirt jauni s'orne d'un petit motif représentant un simple tas de poussière garni d'une pancarte de bois brut : «Rip Malone»… Un oeil avisé pourrait presque découvrir un petit aspirateur en écusson juste à côté, mais… mais là, il faut vraiment fouiller, surtout que la quasi absence de poitrine de la jeune fille n'aide pas à l'identification du blason.

La fille double Fabien et s'avance vers Num. Elle arbore juste un petit sourire comme simple salut.
«S'lut, Boss. Ca s'agite dehors… Enfin…»

Elle tire une bouffée de sa cigarette :
«Le calme avant la tempête… Les malcaques sont durs à repérer et… Et… Et merde, boss, j'me suis déjà fait engueuler pour vous avoir laissé seul une fois et j'veux pas r'mettre ça… J'suis avec vous et j'veux pas de "t'es trop jeune, reste là…" Tout l'monde sait c'qui se passe et quitte à crever, j'préfère le faire avec panache…»

Sans même attendre la réponse, elle se retourne et va se poster près de la porte… Là, seulement, elle jette un coup d'oeil à Num :
«Ah… Oui… Je… Jug s'est barré de Plymouth, ce sont mes indics qui me l'ont signalé… Il est introuvable depuis trois semaines…»

Autre bouffée :
«J'sens le show arriver !»

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